Transversale: Une vraie arnaque !
En recevant les Amazones U17 au Palais de la Marina, le Chef de l’État, le Président Patrice TALON, a fait une véritable madeleine de Proust. Ce geste à la fois symbolique et fort en faveur du football féminin brise les chaînes d’une discipline longtemps confinée au masculin au Bénin. S’il fallait reconnaître un mérite aux mandats successifs de Mathurin De CHACUS, Président de la Fédération Béninoise de Football (FBF), ce serait sans conteste celui de la promotion du football féminin. Et pourtant, un lobby, parfois très actif, entrave le courage des dirigeants fédéraux. Malgré cela, le football féminin béninois prend doucement son envol. Toutefois, il ne faut pas se leurrer. Les travaux du Centre d’Excellence pour les Filles à Lokossa peinent à avancer, à peine 20 % de taux d’exécution, et il devient urgent de franchir une nouvelle étape. Pendant que le football masculin se trouve envahi par des joueurs étrangers, au féminin, l’option serait tout simplement catastrophique. Introduire massivement des joueuses étrangères serait un véritable désastre pour l’éclosion du talent local. Certains avancent qu’il faut « laisser venir les étrangères pour que les locales apprennent à leur contact ». Illusion dangereuse. Une telle concurrence, inéquitable dès le départ, ne saurait être saine. Et elle mettrait en péril les rares acquis du football féminin béninois. Il est temps d’instaurer des mesures contractuelles strictes, limitant l’importation abusive de joueuses étrangères, comme cela s’est malheureusement produit dans le championnat masculin. Les efforts de l’État, les investissements engagés par le pouvoir central, méritent mieux qu’un gâchis. Le football féminin doit devenir un levier de fierté nationale, un repère d’identité pour le peuple béninois à travers ses vraies « Amazones ». Et que dire de la langue parlée sur les stades ? Le français reste la langue officielle, mais sur les pelouses, c’est l’anglais des terrains qui domine : “Go! Go!”, “Come!”, “Play-play!”… Résultat : nos jeunes filles sont marginalisées, mises au rebut dans leur propre pays. Ce business du football, fondé sur le modèle du cash and carry, détourne les subventions publiques pour nourrir des talents importés, souvent porteurs de comportements inadaptés à notre culture et à notre projet sportif. Les responsables doivent cesser de ne voir que leurs intérêts, et refuser les compromis douteux avec ceux qui alimentent ces pratiques nocives. Le sport, et en particulier le football, se doit de véhiculer des valeurs. Il est urgent de repenser en profondeur l’organisation du football féminin pour que les jeunes filles béninoises ne soient plus condamnées à « manger de la vache enragée » sur leurs propres terres. Le football féminin représente une lumière, une promesse pour toute une nation. Le Président l’a compris, en offrant à nos jeunes Amazones un honneur rare, malgré leur élimination. Le Bénin revient de loin. Et comme le dit si bien le proverbe fongbé : « Le Fâ en a déjà eu pour son compte, on peut verser de l’huile rouge sur le reste ». Il est temps de tourner la page et d’embrasser l’avenir avec fierté. C’est là mon intime conviction.
Ambroise ZINSOU
