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Accessibilité des infrastructures sportives à Cotonou: « Entre infrastructures nationales et insuffisance d’accès local, quelle stratégie pour un développement équilibré du sport à Cotonou ? »

(L’opinion de l’Expert Imorou Guiwa Bouraïma)

Le développement du sport au Bénin s’inscrit aujourd’hui dans une dynamique nationale cohérente et structurée, qu’il convient de saluer et de reconnaître avec objectivité.

La politique sportive conduite au niveau national a permis une évolution significative de la carte des infrastructures sportives à travers le pays.

En effet, la stratégie adoptée a consisté à doter les différents départements de complexes sportifs de capacité moyenne et de proximité, permettant ainsi :

* une meilleure répartition territoriale des infrastructures

* l’organisation des championnats nationaux sur l’ensemble du territoire

* une amélioration des conditions de pratique du sport de compétition

Cette approche a eu un impact positif notable, en permettant une meilleure structuration et une plus grande équité dans l’organisation des compétitions sportives à l’échelle nationale.

Cependant, une situation spécifique se constate à Cotonou.

Contrairement aux autres départements qui bénéficient de stades de capacité moyenne accessibles et fonctionnels, Cotonou repose principalement sur de grandes infrastructures nationales en cours de réhabilitation ou à vocation institutionnelle.

Cette situation crée un déséquilibre d’usage :

* les infrastructures existent, mais leur accès est limité

* les clubs locaux disposent de peu de créneaux réguliers

* les conditions d’entraînement restent contraintes

Ainsi, même si les infrastructures sont présentes, leur accessibilité ne répond pas toujours aux besoins de la pratique quotidienne du sport de base.

Ce contraste produit une réalité concrète :

* dans plusieurs départements, les clubs utilisent directement les complexes sportifs construits à cet effet

* à Cotonou, les grandes infrastructures ne jouent pas pleinement ce rôle de proximité sportive

La cartographie des équipements sportifs dans la ville de Cotonou ne favorise pas la pratique du sport, elle la limite. Plusieurs quartiers sont totalement dépourvus d’espaces de jeu, d’autres disposent d’un seul terrain, souvent surutilisé et parfois impraticable. Et pendant ce temps, des milliers de jeunes cherchent simplement un endroit pour jouer et sont obligés de barrer les rues et d’indisposer les riverains.

Le paradoxe est encore plus frappant lorsqu’on invoque les grandes infrastructures.

Par exemple, le stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou (Stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou) de Cotonou qui constitue une infrastructure nationale de référence,  a pour vocation principale d’accueillir les compétitions internationales et les grandes manifestations sportives. Il est donc par nature destiné à un usage institutionnel.

Dans ce contexte, son accessibilité pour les clubs locaux et les académies reste limitée. Même son annexe, pourtant équipée d’un terrain synthétique adapté à une utilisation massive, reste difficile d’accès pour une utilisation régulière.

L’expérience de l’AS Cotonou illustre cette situation.

Aujourd’hui, l’équipe première de football, engagée en championnat d’élite (Ligue Pro1), est contrainte de s’entraîner en dehors de Cotonou, notamment à Abomey-Calavi et d’accueillir ses matches à domicile sur le terrain annexe du stade GMK.

Les équipes de jeunes et féminines évoluent sur des terrains parfois non stabilisés, non réglementaires et insuffisamment adaptés à la pratique régulière du football.

Les équipes de volleyball (hommes et dames) de l’As Cotonou, engagées dans le championnat national professionnel de Volleyball, s’entraînent et reçoivent leurs matchs sur le terrain du CEG Sègbéya.

De même, nos équipes de basketball s’entraînent au CEG Ste Rita, dont le terrain n’est pas homologué par la fédération, ce qui nous oblige à jouer nos matchs sur des sites externes, parfois éloignés des installations du club.

Dans ce contexte, une question essentielle se pose :

Que vaut une infrastructure sportive si elle n’est pas accessible de manière régulière, organisée et inclusive aux acteurs du sport de proximité ?

Une infrastructure sportive ne se mesure pas uniquement à sa construction, mais surtout à son usage effectif.

Afin de corriger ce déséquilibre, plusieurs orientations peuvent être envisagées :

  1. Réhabilitation du stade René Pleven

Transformer le stade René Pleven dont la réhabilitation est en cours, en infrastructure de capacité intermédiaire (5 000 à 8 000 places) dédié :

* aux clubs locaux pour les entraînements et championnats nationaux

* aux compétitions des académies et catégories de jeunes

  1. Ouverture structurée des infrastructures existantes

Assurer un accès régulier, organisé et planifié du terrain synthétique annexe du stade GMK aux clubs et académies, tout en réservant le terrain principal aux compétitions internationales et événements majeurs.

  1. Développement d’une politique d’infrastructures de proximité

Mettre en place dans les arrondissements de Cotonou :

* des terrains stabilisés de quartier (en terre) pour les entrainements

* des mini-terrains synthétiques accessibles

* des infrastructures intermédiaires partagées (terrain synthétique sans gradins), accessibles pour les entrainements et tournois locaux.

  1. Structuration de la pratique sportive

Organiser :

* des tournois inter-quartiers et inter-arrondissements

* un système structuré de détection et d’encadrement des talents, en lien avec les clubs d’élite comme AS Cotonou.

En définitive, la question des infrastructures sportives à Cotonou ne relève pas uniquement d’un enjeu d’équipement, mais bien d’un enjeu d’accès, d’usage et de politique locale du sport.

« Le véritable enjeu n’est pas seulement de construire des infrastructures sportives, mais de garantir leur accessibilité réelle et leur utilisation optimale par les acteurs du sport. Car une infrastructure qui existe sans être accessible ne développe ni la pratique, ni les talents ».

Dans sa configuration actuelle, Cotonou dispose d’infrastructures, mais ne crée pas suffisamment les conditions pour une pratique régulière, structurée et inclusive. Or, sans pratique de masse, il ne peut y avoir ni détection efficace de talents, ni développement durable du football, ni performance sportive à long terme.

L’enjeu est donc clair : passer d’une logique de construction à une logique d’accessibilité et d’exploitation intelligente des équipements.

Cette réflexion se veut une contribution constructive à l’amélioration de la politique sportive, en particulier à Cotonou, où les défis d’accès restent déterminants.

Car au-delà de la performance, le sport est un levier stratégique : il participe à la santé publique, à la cohésion sociale, à la prévention de l’insécurité et constitue un véritable moteur de développement local.

C’est précisément cette dimension que nous approfondirons dans une prochaine tribune.

Bouraima Imorou Guiwa

Expert en Management des Organisations Sportives

Spécialiste en développement local et gestion des Collectivités territoriales

Président de l’Association Sportive de Cotonou (AS Cotonou)