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Après la cascade de démissions chez « Les Démocrates »: Les différents schémas possibles !

*Plus de Communales pour ce parti de l’opposition

*Les prochaines législatives hypothéquées

*La lettre de Daniel Edah au président Patrice Talon

Les jours passent et se ressemblent pour le parti de l’opposition, « Les Démocrates ». Après la cascade de démissions des députés lors de l’ouverture de la Session ordinaire à l’Assemblée Nationale et suite à l’élimination du parti pour la présidentielle 2025, le parti dirigé par l’ancien Chef de l’Etat, Boni Yayi traverse une crise sans précédent. Ainsi, plusieurs schémas s’offrent aux députés démissionnaires selon l’article 24 du Règlement intérieur de l’Assemblée Nationale.

Le parti de l’opposition « Les Démocrates » traverse une crise sans précédent. Depuis l’affaire de parrainage qui a fini par exclure le parti de la présidentielle de 2026 et suite aux différents évènements qui se sont succédés jusqu’à la démission de six députés lors de l’ouverture de la Session ordinaire, le parti dirigé par l’ancien Chef de l’Etat Boni Yayi n’est pas encore au bout de sa déchéance. Après la cascade de démissions à l’Assemblée Nationale, ce sont les candidats aux Communales de Missérété qui ont annoncé la couleur en se retirant de la liste. Une démission qui complique la participation de ce parti de l’opposition aux élections communales et qui hypothèque leurs chances  pour participer aux prochaines législatives. Ainsi, le parti « Les Démocrates » est confronté à une équation qui lui serait difficile à résoudre.

Les différents schémas possibles

En démissionnant du Groupe Parlementaire « Les Démocrates », les six députés ouvrent ainsi la voie à plusieurs schémas selon l’article 24 du Règlement Intérieur de l’Assemblée Nationale. Pendant que l’article 24.1 prévoit l’organisation des députés en de Groupes parlementaires selon les affinités politiques, il exige tout de même un minimum de 10% de l’effectif total des députés. Dans le cas d’espèce, l’Assemblée Nationale est composée aujourd’hui de 109 députés. Donc, pour constituer un groupe parlementaire, il faut un total de 10,9, donc 11 députés. Etant au nombre de six (06), ces députés démissionnaires du parti « Les Démocrates » se peuvent pas constituer un Groupe parlementaire. Alors, ils peuvent bénéficier de l’apport des autres députés du Bloc Républicain (Br) ou de l’Union Progressiste le Renouveau (Up-R) pour constituer un groupe parlementaire. Dans le cas où, ils n’auront pas de l’apport des autres députés, ils seront non inscrits. De facto, on assiste à une recomposition du paysage politique béninois à l’approche ces élections législatives.

Ambroise ZINSOU

(Lire la Lettre de Daniel Edah au président Patrice Talon)

Lettre ouverte à Monsieur Patrice TALON, Président de la République du Bénin.

Monsieur le Président de la République,

Dans la foulée de la fragilisation réussie mais peu honorable du principal parti d’opposition Les Démocrates, fragilisation marquée par la démission de certains de ses députés – ce qui entraîne de facto la disparition de la minorité de blocage qui avait contrecarré votre précédente tentative de révision constitutionnelle – un nouveau projet de révision de la Constitution vient d’être introduit à l’Assemblée nationale. Le terrain semble désormais favorable à son adoption, et ce, à moins de trois mois de la fin de la législature et à moins de six mois de l’élection présidentielle.

Monsieur le Président de la République,

Cette initiative, manifestement politicienne et opportuniste, apparaît inopportune. Elle intervient en pleine période électorale, alors que les préoccupations du peuple sont tournées vers les prochaines élections communales, municipales, législatives et présidentielles.

Bien qu’elle soit formellement portée par des députés, nul n’est dupe : le peuple, comme vous-même, sait que ce projet de révision constitutionnelle est avant tout le vôtre. Vos députés ne se seraient pas engagés dans une telle démarche sans votre aval, vous qui êtes leur patron politique.

Je serais heureux, Monsieur le Président de la République, ainsi que la majorité de nos compatriotes, que vous puissiez nous prouver le contraire – que vous n’êtes pas à l’origine de cette initiative qui, si elle aboutit, créerait des avantages à vie pour ceux à qui le pays a déjà tout donné, et offrirait un refuge politique à ceux que le peuple aurait rejetés. Non seulement ce projet trahit votre peur de perdre la main avec le prochain Président de la République mais il a manifestement pour desseins inavouables de museler le peuple et d’installer un système de monolithisme politique rappelant tristement celui du Parti de la Révolution Populaire du Bénin (PRPB), auquel le peuple béninois a tourné le dos en choisissant la démocratie pluraliste.  Par ailleurs, ce projet est porteur d’instabilité institutionnelle et d’insécurité juridique en même temps qu’il va contribuer à décourager davantage l’investissement direct étranger dans notre pays.

Monsieur le Président de la République,

Nous savons que votre régime tolère peu la contradiction véritable. Vous disposez du monopole de la violence d’État, que vous pouvez légalement employer pour réduire au silence les voix discordantes. Pourtant, je vous exhorte solennellement à renoncer à cette entreprise – à moins que cette révision constitutionnelle ait pour objectif de mettre fin au serrage de ceinture imposé au peuple depuis 2016.

Même si vous disposez du nombre de députés nécessaire pour mener ce projet à terme, la mandature actuelle, à quelques semaines de son terme, n’a plus la légitimité morale pour engager une telle réforme. Et vous-même, sauf à vouloir empoisonner le mandat de votre successeur ou rendre le pays ingouvernable à quiconque refuserait de vous obéir, n’êtes plus fondé à initier une révision constitutionnelle qui pourrait vous garantir une place durable dans les institutions de la République.

Monsieur le Président de la République,

À moins de vouloir embarquer tout le pays dans une aventure périlleuse, vous savez qu’il n’existe aujourd’hui ni la sérénité, ni le climat politique propice à l’examen serein d’un tel projet comportant assez de menaces pour l’unité nationale, ni au sein du pays, ni au sein de l’Assemblée nationale à la veille d’échéances électorales majeures.

Quelles que soient les innovations ou les intentions que recèle ce projet, vous ne pouvez faire le bonheur du peuple sans son consentement.

Si cette révision vous paraît indispensable et ne peut attendre la fin des prochaines élections, alors permettez au peuple souverain de se prononcer par référendum. Ce serait là une marque d’élégance politique et un geste de respect envers un peuple qui, en 2016, vous a choisi pour rompre avec la « dictature du développement » de l’ancien Président.

Beaucoup de Béninois sont désormais convaincus que l’élection présidentielle de 2016 fut la dernière véritable élection démocratique de notre pays. Vous pouvez, comme en 2019, user de tous les pouvoirs et des moyens de l’État pour ignorer cet appel à la sagesse et à la responsabilité. Mais pour l’histoire, je vous invite à faire un usage mesuré de votre autorité et à différer ce projet de révision constitutionnelle que vous souhaitez manifestement voir adopté à la hâte.

Déjà, le dispositif policier et militaire déployé sur toute l’étendue du territoire témoigne d’une volonté de dissuasion, voire de répression. Vous savez pourtant, Monsieur le Président, qu’aucune violence d’État ne peut arrêter un peuple exaspéré, acculé et déterminé.

Dans l’intérêt supérieur du Bénin – que je sais que vous aimez – je vous exhorte à ne pas vous enfermer avec vos députés dans une logique d’imposition, mais à ouvrir le dialogue et à respecter la volonté populaire.

 

Guidé par la vision d’un Bénin économiquement prospère et socialement stable dans une Afrique bien intégrée et en plein essor, je prends à témoin le peuple béninois et la communauté internationale, et vous prie de recevoir, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération, ainsi que de ma détermination patriotique à vous accompagner dans toute décision qui servirait véritablement la paix, la démocratie et le développement de notre pays.

Fait le 01 novembre 2025

Daniel Edah

Porteur de la Vision d’un Bénin économiquement prospère et socialement stable dans une Afrique bien intégrée et en plein essor.