Entretien avec Kalimatou Abdoulaye Rouga, Conseillère communale à Ségbana: « Le leadership féminin ne se limite pas à l’occupation des fonctions politiques… »
(Voici les axes de développement qui fondent sa vision)
Agent de développement communautaire de profession en poste dans la Commune de Malanville, Kalimatou Abdoulaye Rouga est une femme très engagée. Conseillère communale à la Mairie de Ségbana, elle reste donc un modèle de développement local et de la promotion de la femme. Pour elle, il est important voire, impérieux de focaliser toute son énergie au service de sa communauté pour le mieux-être de ses concitoyens. Elle se confie à votre journal à propos du leadership féminin. Elle évoque les raisons de son activisme politique et déclare urbi et orbi qu’au-delà du mandat politique, qu’elle reste aussi, une fille, une sœur, une mère qui croit que le leadership se construit d’abord par l’exemple et le service.
Vous étiez à l’immersion de la Gnon Kogui dans le cadre de la Gaani 2026. Que vous inspire Gnon Kogui ?
Pour moi, l’immersion de la Gnon Kogui pendant la Gaani 2026 a été un moment fort caractérisé par l’apprentissage sur le leadership féminin. La Gnon Kogui étant une figure emblématique qui incarne le leadership féminin témoigne de la richesse de nos valeurs traditionnelle et culturelle. Voir une femme dans une posture de gardienne de nos valeurs m’a rappelé que le leadership féminin doit aussi puiser son essence dans nos racines et traditions.
Le thème retenu cette année est: « Femmes leaders politiques au Bénin: exercer le pouvoir produire des résultats et renforcer durablement les communautés » résonne avec une pertinence rare. Il rappelle que le leadership féminin ne se limite pas à l’occupation des fonctions politiques, mais qu’il réside dans sa capacité à transformer concrètement le quotidien de nos concitoyens, à faire preuve d’efficacité et à bâtir un impact social durable.
Voir des femmes de différentes générations réunies autour d’un même objectif montre combien cette rencontre et un véritable creuset de dialogue, de partage d’expériences sur le leadership féminin
En tant que conseillère communale dites-nous, c’est quoi votre sens de leadership féminin ?
Pour moi, le leadership signifie diriger avec le cœur et avec l’impact. C’est écouter, c’est de rassembler, coacher, et porter la voix de celles qui n’en ont pas. En tant que conseillère mon leadership consiste à mener des actions concrètes pour transformer ma base en de citoyens. Pour ce qui concerne particulièrement les femmes mes actions vont concourir à défendre trois grands points que sont :
– L’accès des femmes à l’éducation : Il s’agit ici d’organiser des séances de sensibilisations et d’informations sur diverses thématiques qui seront retenues suite à un diagnostic sur leur besoin de formation / renforcement de capacités. Un compte rendu des sessions du conseil communal leur sera également fait à chaque fois.
– L’accès à la santé : Ce point abordera spécifiquement la santé sexuelle et reproductive. Il sera question ici de les sensibiliser sur la fréquentation des Centres de santé et les bienfaits d’une bonne gestion de la maternité. En amont une négociation sera aussi faite par les agents de santé sur l’organisation des stratégies avancées pour les localités concernées.
-La promotion de l’autonomisation économique : Les femmes seront appuyées à mettre en place ou à renforcer des AGR et des groupes de tontine afin de pouvoir soutenir les époux dans les charges du ménage et de se faire une place dans les instances prise de décision au niveau local.
Aujourd’hui le phénomène des Violences Basées sur le Genre (VBG) sont multiples et multiformes. Votre lutte sera orientée vers quelle cible dans votre localité ?
Ma lutte sera orientée en priorité vers les cibles suivantes :

-Les jeunes filles et adolescentes: par la sensibilisation dans les écoles et centres de jeunes sur leurs droits et les mécanismes de dénonciation.
-Les femmes en milieu rural et les femmes leaders d’opinion : sur les mécanismes de prévention et de dénonciation pour briser le silence et l’acceptation sociale des VBG.
– Les leaders communautaires : De par leur influence et pouvoir on ne peut gagner cette lutte en les contournant car sans leur implication, aucun changement durable n’est possible. La lutte contre les VBG doit être une responsabilité collective.
– Les hommes et les jeunes : Étant les auteurs des cas il serait impossible de réduire ce phénomène sans les associer à la démarche. Il est très capital de leur montrer le bien fondé de bien traiter les femmes sous peine de tomber sous le cout de la loi et les dispositions pénales prévues dans ce sens.
Quels conseils avez-vous à l’endroit des jeunes filles en termes de leadership ?
Je leur dirai : Croyez en vous. Formez-vous. Osez prendre la parole. Le leadership ne demande pas d’être parfaite, il demande de la patience, du courage et de la constance. Ne laissez personne vous dire que certains espaces ne sont pas pour vous afin de vous détourner de votre chemin. Commencez petit, dans votre école, votre association, votre quartier. Et surtout, entourez-vous de modèles et de mentors. Dites-vous que vous êtes unique, votre histoire est unique et vous l’écrirez de façon unique. Votre voix compte pour le Bénin de demain.
Votre mot de la fin.
Je remercie le journal VISA INFO pour cette tribune. Aux femmes : chaque femme à son niveau, peut contribuer à transformer sa communauté, alors levons-nous, travaillons, battons-nous, faisons entendre notre voix.
Aux hommes : soutenez-nous, soyez nos alliés, marchons ensemble. Et à notre jeunesse : l’avenir vous appartient. Continuons de valoriser notre culture comme la Gaani tout en construisant un avenir où chaque fille, chaque femme peut s’épanouir sans peur ni limite. Merci.
Propos recueillis par Ambroise ZINSOU

